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RĂ©flexions autour de CentOS

RĂ©flexions autour de CentOS

RĂ©flexions autour de CentOS

Cela n’a pas Ă©chappĂ© au monde du logiciel libre ces derniĂšres semaines, l’annonce de Red Hat arrĂȘtant le dĂ©veloppement de CentOS (le repacking gratuit de RHEL) au profit de CentOS Stream (la branche qui se veut upstream de RHEL) a provoquĂ© un raz de marĂ©e de rĂ©actions plus ou moins virulentes.

Que s’est-il passĂ© ?

Pour ceux qui n’ont pas suivi, voici quelques clĂ©s de comprĂ©hension de l’histoire :

Ce que contient l’annonce de Red Hat :

Avis personnel

Ayant presque tous mes serveurs personnels sous CentOS 8, l’annonce de la fin du support est pour moi la plus grande erreur de Red Hat. Actuellement, l’Ă©diteur prĂ©conise de passer sur la branche Stream … Soit. Mais d’un, le support est rĂ©duit, de deux, la garantie de stabilitĂ© est amoindrie puisque CentOS Stream est celle qui va essuyer les plĂątres en premier lĂ  oĂč avant c’Ă©tait RHEL. Je tenterai dans un premier temps pour voir ce que ça donne… Mais si la stabilitĂ© se dĂ©grade, je serai contraint de changer de distribution. A titre personnel, j’estime que Red Hat aurait du maintenir CentOS 8 comme prĂ©vu et annoncer son changement pour CentOS 9 afin de laisser le temps aux utilisateurs de repenser leur stratĂ©gie.

Il me paraĂźt difficile d’imaginer que Red Hat souhaite transformer les utilisateurs de CentOS en clients RHEL. Il ne faut pas se voiler la face, le choix de CentOS est principalement fait parce que c’est une distribution gratuite offrant un support Ă  long terme trĂšs apprĂ©ciĂ© des entreprises. S’ils ne payent pas pour celle-ci, pourquoi iraient-ils payer une autre ?

Beaucoup ont suggĂ©rĂ© que ce changement de politique est opĂ©rĂ© parce qu’IBM a rachetĂ© Red Hat et qu’il faut rentabiliser l’investissement … D’autres Ă©voquent que CentOS faisait de l’ombre Ă  Red Hat.

Je ne suis pas de cet avis pour les raisons Ă©voquĂ©es prĂ©cĂ©demment : un utilisateur de CentOS n’ira pas acheter de la licence Red Hat. Si le comitĂ© de direction de Red Hat a cru ceci, alors il est vraiment naĂŻf. De mĂȘme, si le but Ă©tait de faire mourir CentOS, dans ce cas Red Hat n’avait qu’Ă  les laisser dans leur coin. Le manque de financement et de sponsoring aurait naturellement tuĂ© la distribution. CentOS pouvait potentiellement faire de l’ombre Ă  Red Hat, mais d’autres clones gratuits existaient dĂ©jĂ  avant donc je doute que ce soit l’une des causes racines de ce choix.

Depuis l’annonce, CentOS essaye d’Ă©teindre l’incendie. La dĂ©cision a Ă©tĂ© reçue de maniĂšre extrĂȘmement nĂ©gative et j’ai du mal Ă  comprendre comment on aurait pu s’attendre Ă  autre chose. Les tentatives de rassurer sont vaines et les explications ne convainquent personne, le mal est fait. Le comitĂ© de CentOS a essayĂ© de calmer le jeu en disant que CentOS Stream rĂ©pond Ă  la majoritĂ© des cas d’usages des utilisateurs de CentOS … Mais il semble avoir oubliĂ© que l’un des cas d’usages les plus apprĂ©ciĂ©s est jetĂ© Ă  la poubelle : les 10 ans de support. Ils ne savent clairement pas comment assumer ce choix et les excuses ne prennent pas.

De mon point de vue, Red Hat et CentOS ont commit une grave erreur tactique qui vient de dĂ©truire toute la confiance que les utilisateurs de CentOS pouvaient avoir en celle-ci. Le contrat de confiance me paraĂźt dĂ©finitivement perdu avec une annonce aussi unilatĂ©rale et les consĂ©quences qui en dĂ©coulent. Je ne pense pas non plus que RHEL sera impactĂ©e par cette mauvaise presse, la base de clientĂšle Ă©tant diffĂ©rente, mais l’image de Red Hat vient d’en prendre un sacrĂ© coup alors que l’entreprise fait partie de celles qui ont une grande aura dans le domaine du logiciel libre.

Cette histoire permet de aussi de remettre en lumiĂšre un Ă©lĂ©ment souvent oubliĂ© par les consommateurs de logiciels libres : ils ne sont pas acquis. MĂȘme si CentOS bĂ©nĂ©ficiait d’un sponsor de premier choix avec Red Hat, maintenir et fournir une distribution Linux complĂšte est une activitĂ© trĂšs consommatrice en temps, moyens financiers et humains. Parmi les rĂ©actions, certains demandaient ce qui justifiait que l’Ă©quipe de CentOS ne puisse maintenir la branche stable et la branche Stream, mais je pense que les ressources allouĂ©es au projet devaient ĂȘtre bien trop limitĂ©es pour cela.

J’ai cru voir sur des commentaires de certains articles que Red Hat aurait annoncĂ© aussi des changements de plans pour la souscription de RHEL avec des accĂšs gratuits ou Ă  tarif rĂ©duits. N’ayant pas trouvĂ© de sources en ce sens, je n’irai pas plus loin et garde cette information comme peu fiable. Aujourd’hui, RHEL possĂšde une formule gratuite mais il s’agit simplement d’une licence dĂ©veloppeur rattachĂ©e Ă  une personne et non Ă  un Ă©quipement. Elle exclu donc de principe un dĂ©ploiement. La licence payante de base n’inclus pas de support et il me semble qu’elle ne permet pas la virtualisation. Bref, ça chiffre vite.

Maintenant, quelles sont les possibilités ?

J’ai tendance Ă  ne pas cĂ©der aux rĂ©actions impulsives et Ă  laisser reposer pour voir ce qu’il se passe. Clairement, je doute que Red Hat revienne sur sa dĂ©cision. Les shitstorms dans le domaine du logiciel libre sont souvent de fortes batailles d’ego et il y a peu de chances de voir un changement de position.

Parmi les rĂ©actions Ă  ce changement, un projet basĂ© sur ce qui avait fait l’essence de CentOS a Ă©tĂ© lancĂ© dans un foulĂ©e : Rocky Linux. Le projet a Ă©tĂ© montĂ© par Gregory Kurtzer, l’un des co-fondateurs de CentOS, et nommĂ© en l’honneur de Rocky McGaugh, l’un des autres co-fondateurs. A voir ce que celui-ci donnera car il vient tout juste de dĂ©marrer.

Il existe un autre rebuild de RHEL distribuĂ© gratuitement, Ă  savoir Oracle Linux. Une diffĂ©rence se situe nĂ©anmoins dessus avec deux Kernel proposĂ©s : le standard fourni par Red Hat et le “UEK” pour Umbreakable Enterprise Kernel qui est une branche disposant d’amĂ©liorations maison d’Oracle. Cela fait partie de leur argumentaire de vente pour justifier que leurs bases de donnĂ©es tournent mieux sur Oracle Linux plutĂŽt que CentOS. Une offre de support commercial est Ă©galement de la partie, mais la distribution reste installable librement sans contrepartie. AprĂšs, Oracle est loin d’ĂȘtre une entreprise trĂšs apprĂ©ciĂ©e dans le monde du Libre… Si vous demandez l’avis gĂ©nĂ©ral, vous aurez possiblement une certaine unanimitĂ© :

robot devil

Un autre nom qui revient assez souvent est Springdale Linux, clone de RHEL maintenu par l’UniversitĂ© de Princeton. Le projet semble assez ancien puisqu’il indique dater d’avancer CentOS et il n’est pas affiliĂ© Ă  une sociĂ©tĂ© commercial. Ce sont des arguments plutĂŽt rassurant vis Ă  vis du contexte actuel.

CloudLinux est Ă©galement un clone de RHEL, mais celui-ci est par contre fourni de maniĂšre commerciale. NĂ©anmoins, l’Ă©diteur semble avoir saisi l’opportunitĂ© de proposer son fork personnel de RHEL 100% compatible pour le premier trimestre 2021, appelĂ© Lenix. Mais ici aussi CloudLinux est un Red Hat bis comme Oracle. Donc le risque d’un choix commercial emportant avec lui la pĂ©rennitĂ© du systĂšme est prĂ©sent.

Pour ma part, j’attendrai d’abord de voir ce que ça racontera en dĂ©but d’annĂ©e 2021. Je pense que j’Ă©valuerai diffĂ©rentes pistes allant de tester CentOS Stream Ă  basculer sur une autre version.

Ce que je retiens surtout de cette histoire, c’est que Red Hat a totalement ratĂ© sa communication en annonçant de maniĂšre aussi brutale l’arrĂȘt de support de CentOS 8. PlutĂŽt que d’amener une transition douce, ils ont prĂ©fĂ©rĂ© casser les genoux des utilisateurs de la distribution et je doute que ceux-ci accordent leur confiance dans leurs projets Ă  l’avenir.


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